Pour une solidarité des professionnels du spectacle et de l’audiovisuel. Depuis André Malraux, il est souvent question de démocratisation de la culture. Le sociologue Emmanuel Vallon * rappelait fort opportunément les progrès et les revers des premiers acteurs de cette aventure dans un article écrit en 2009 : Ils... partageaient l’éthique de l’éducation populaire et les expériences de l’action culturelle « .... » Jean Vilar et son travail de directeur au Festival d’Avignon comme au Théâtre national populaire de Chaillot leur servait d’exemple, sinon de modèle. On les nommait volontiers « animateurs », car cette épithète n’avait pas encore été refoulée dans le purgatoire du “socioculturel”...» Cependant, selon un constat largement partagé, le développement des médias, vecteur culturel de masse, a plutôt tendance de nos jours à tirer l’offre vers le bas . De la société du spectacle dénoncée par Guy Debord à la société festive initiée par d’Jack Lang et brocardée par Philippe Murray, la notion de civilisation enracinée a fait place peu à peu à une culture de consommation qui s’apparente au «fast-food» Par ailleurs, la décentralisation culturelle voulue par l’état et qui n’est en réalité qu’une déconcentration, par les scènes nationales notamment, au lieu de rapprocher les artistes du public, semble en revanche faire émerger, une sorte d’élitisme culturel avec certes parfois de très belles réalisations. Les racines et pratiques culturelles traditionnelles et populaires, quant à elles, ont été reléguées vers les «eaux usées» de l’animation dite «sociocu’ , favorisant ainsi une véritable « fracture culturelle ». À côté de cela , les professions du spectacle et de l’audiovisuel voient aussi se dessiner une aristocratie, pratiquant les «arts nobles», c’est-à-dire qui marchent bien du point de vue financier et qui creusent un fossé entre celles et ceux qui se produisent au petit bonheur en dehors des circuits officiels, en sorte que les professionnels de la culture ne se reconnaissent plus toujours les uns les autres « es qualité ». Notre propos n’est pas pour autant d’opposer les différentes strates du microcosme culturel, mais au contraire de retisser des liens de solidarité. En effet, la réussite n’est pas en soi critiquable, et elle témoigne le plus souvent de l’expression d’un travail acharné et d’un réel talent. Ce qui est davantage sujet à caution en revanche se situe plutôt dans la disparité et la différence de traitement et surtout de reconnaissance que vivent les différents professionnels du spectacle, selon qu’ils sont d’un côté ou l’autre de la barrière de la réussite. On est en droit de se demander en effet, au-delà des actions de marchandisation et des mesures publiques qui sont souvent le fait du prince, si la profession ne pourrait pas générer elle même une meilleure prise en compte de tous ceux qui la constituent. C’est donc au niveau de la profession qu’il convient de recréer de la solidarité et de la reconnaissance, du lien et de l’échange. Cela suppose de s’organiser et de prendre conscience de la force qu’elle représente. C’est le rôle imparti à la carte «Saltimbank». Cette carte, si elle offre de nombreux avantages à ceux qui en sont les titulaires, permet surtout de révéler une conscience collective d’appartenance au monde du spectacle et de l’audiovisuel dans la diversité des métiers pratiqués y compris tous ceux qui ne sont pas nécessairement sous les feux de la rampe. Elle est une voie importante pour une vraie démocratisation culturelle, essentiellement parce qu’elle considère chaque professionnel, technicien comme artiste, avec le même intérêt, quel que soit son niveau ou sa notoriété. *Emmanuel Wallon La démocratisation culturelle, un horizon d’action Article paru dans Les Cahiers français, n° 348, La Documentation française, Paris, janvier-février 2009.